• l'opinion de ceux qui luttent...

     


    Aujourd'hui : Charles Hoareau, défenseur des précaires.

    Salut Charles. Présente-toi s'il te plaît pour nos lecteurs :
    l'opinion de ceux qui luttent...
    Après avoir été un des responsables du comité national des chômeurs, je suis actuellement dirigeant de la CGT 13 en charge de l’union locale du centre ville de Marseille (2000 syndiqué-e-s) et des salarié-e-s du secteur de la propreté. Par ailleurs je suis membre de Rouge Vif 13 et animateur de Rouge Midi (www.rougemidi.org) journal électronique qui reçoit environ 800 000 visites par mois pour un nombre de visiteurs uniques mensuel avoisinant les 70 000.

     

    Quelle est la situation des précaires et chômeurs en France ?
    La situation n’a cessé de se dégrader depuis 30 ans.

    Sans rentrer dans de longs développés juste deux liens : un sur Pôle emploi http://www.rougemidi.fr/spip.php?article5647 et l’autre sur le RSA http://www.rougemidi.org/spip.php?article3299 article qui n’a rien perdu de son actualité…

    Et malheureusement de la justesse de ses prévisions. En résumé je dirais que le filet de protection sociale a disparu.

     

    La CGT reste le seul syndicat de classes, certains voudraient abandonner la lutte des classes. Cette lutte est-elle un archaisme révolutionnaire ?
    C’est le frère à Sarkozy, le vice président du MEDEF qui, reprenant les propos de Warren Buffet le milliardaire américain, disait : « la lutte des classes existe et nous la gagnons tous les jours ». Quand les banquiers qui ont été à l’origine de la faillite des états prennent directement et sans vergogne les commandes de ceux-ci (http://www.rougemidi.org/spip.php?article6328 ) il n’y a pas besoin de long discours pour démontrer la réalité de cette lutte qui prend (la guerre en Libye en est un des exemples récents) le visage de la barbarie.

    Maximum 10% de salariés sont syndiqués en France. Quelles solutions pour que les salariés s'approprient les syndicats( massivement). Le pluri-syndicalisme est-il une force ou une faiblesse pour les luttes ?
    La division syndicale est une cause de faiblesse, c’est pour moi incontestable. Il n’y a qu’à comparer avec les pays qui dans le monde ont une centrale unique. C’est d’autant plus important que par nature le syndicat est pluraliste et indépendant. Là où il ne l’est pas il y a perversion du modèle initial. Mais la division n’est pas la seule cause de notre faiblesse. Sans parler des causes externes (répression, éclatement du salariat, travail de sape du pouvoir…) il y a notre faiblesse de la prise en compte du « précariat » dans toute sa diversité et du changement que cela devrait induire jusque dans nos formes d’organisation.

     

    Le syndicalisme peut-il se développer sans perspectives politiques ?
    C’est aussi une cause de faiblesse. S’il faut être sans concession sur l’indépendance syndicale vis-à-vis du politique on ne peut se cantonner dans la neutralité ou le désintérêt. Selon qui gouverne, la situation des travailleurs, leur possibilité de gagner des acquis dans les luttes est renforcée ou diminuée. Aujourd’hui il manque une perspective de sortir du capitalisme et cela pèse sur l’engagement syndical.

     

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    50% de jeunes au chômage en Espagne et la droite la plus réactionnaire est donnée grande gagnante des élections. Que faire ? Comment construire une alternative en Europe ?
    Sans le prendre comme modèle, l’exemple de la Tunisie est instructif pour répondre à cette question et à la précédente. Ce sont bien les travailleurs avec ou sans emploi qui ont changé la donne tant politique que syndicale. Il est intéressant de voir comment  ils se sont réappropriés l’UGTT qui était devenue une courroie de transmission du pouvoir pour en faire une organisation de lutte qui réintègre aujourd’hui la FSM (http://www.rougemidi.org/spip.php?article5621 ), fédération syndicale mondiale sur des bases de classe et quitte la CSI, fédération mondiale aux mains du syndicalisme américain entièrement à la botte du capitalisme international. Le résultat des élections politiques dans ce pays et sur lequel les bien pensants occidentaux ont beaucoup glosé, n’est qu’un épiphénomène du processus révolutionnaire en cours qui est loin d’avoir vu son aboutissement.

     

    Rouge vif c'est quoi, pourquoi et comment ?
    Rouge Vif est une association politique, créée dans plusieurs départements de France, au lendemain du congrès du PCF de 2000. Nous étions des communistes, membres ou non de ce parti, qui voulions retrouver une identité et donner un point de vue communiste sur la situation, nous placer au cœur des luttes et nous ancrer dans la classe ouvrière de notre temps (chômeurs, travailleurs issus de l’immigration, habitants des quartiers populaires…) pour peser dans le débat politique. Nous ne voulions pas créer un nouveau parti mais rassembler les marxistes par delà leur appartenance ou non à une organisation politique existante et travailler à la reconstruction d’un parti révolutionnaire en France. Notre refus de créer un nouveau parti n’était pas seulement un refus de la division, mais aussi répondait à la nécessité de prendre en compte les erreurs et limites de la forme parti dans l’histoire (démocratie interne, poids des directions sortantes, débats internes stérilisants, coupure avec les plus exploités…). Ces objectifs sont toujours d’actualité.


     

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     Le front de gauche tu y crois ?  
    En avril 2005, partant de ce que nous appelions « la ligne de fracture entre partisans du NON et partisans du OUI » à la constitution européenne, j’avais écrit, au nom de Rouge Vif 13 à Marie George Buffet (http://rougemidi.fr/spip.php?article64 ) pour que soit constitué « un front populaire de notre temps ». Nous pensons donc bien qu’il faut une union. Pour qu’elle soit gagnante il faut que celles et ceux qui souffrent le plus du capitalisme soient les moteurs du combat dans celle-ci. Cela pose aussi des exigences en terme de contenu.

     

    As-tu lu le programme du Front de gauche ?  Si oui, quels points trouves-tu à revoir ?
    J’ai effectivement lu le programme. Je pense que sur nombre de points il est au milieu du gué. Faut-il oui ou non nationaliser (et non étatiser) toutes les banques de même que les grands groupes des secteurs clefs de l’industrie (agroalimentaire, chimie, métallurgie…) ? Faut il prévoir que les travailleurs auront vraiment le pouvoir dans le secteur nationalisé (élection des directions, choix de gestion…) ?

     Et puis il y a la grande question de la monnaie et du type d’union internationale que nous voulons. Comment changer les choses si nous ne maitrisons pas la monnaie ? C’est tout le débat entre monnaie unique et monnaie commune. L’exemple de l’Argentine ne fait il pas réfléchir ? Comme le dit notre dernier édito (http://www.rougemidi.org/spip.php?article6328 ) le choix n’est pas entre le nationalisme et la soumission au capital international. Il faut sortir des institutions internationales actuelles (BCE, OMC, FMI, UE…) pour bâtir d’autres coopérations internationales. En Amérique du sud ils y arrivent avec l’ALBA, pourquoi pas nous ?

    Rouge vif, membre du front de gauche ? Impossible ? A voir ?
    Il faudrait dire plutôt membre des fronts de gauche, tant il est vrai que le front de gauche a des allures différentes d’une région à l’autre. Entre les endroits où il s’est allié au NPA au premier tour des dernières élections et ceux où il s’est allié au PS en passant par les régions (Languedoc Roussillon, PACA…) où on a vu des communistes présents sur deux listes concurrentes sans pour autant qu’il n’y ait de clarification politique à l’issue du 2ème tour, la question est complexe. Il y a un autre élément. Le M’PEP, le mouvement emmené par Nikonoff demande à entrer dans le Front de Gauche ce qui apparemment lui est refusé parce qu’il se prononce pour la sortie de l’euro. Alors front de gauche ou front d’une partie de la gauche ?

    Dernier élément qui concerne mon département. Aux dernières cantonales Rouge Vif 13 a présenté ma candidature en disant qu’on était prêt à se retirer pour soutenir un ou une candidate qui ne se situerait pas dans la majorité départementale emmenée par Jean Noël Guérini. Le Front de Gauche a présenté une candidate face à nous et force est de constater que dans aucun canton il n’y a eu avant le 1er tour de critique de la gestion du CG 13 qui en plus est mise en cause par la justice. Au 3ème tour aucune voix du PCF n’a manqué à Guérini et depuis ce parti et au-delà le front de gauche sont bien prudents face à celui qui est quand même accusé entre autres d’association de malfaiteur. Cela ne fait pas grandir l’idée que le FDG est pour d’autres pratiques que le PS…

     

    Soutiendras-tu les candidats du front de gauche aux législatives et son candidat JL Mélenchonà la présidentielle ?
    Concernant les prochaines élections, j’appartiens à une organisation qui à Marseille ne s’est pas encore prononcée sur le sujet. Je ne sais pas ce qu’on fera mais je crains que sans lutte, au-delà des scores et de la répartition des forces dans ce qu’il est convenu d’appeler la gauche, le vainqueur des prochaines élections soit le capitalisme. Je comprends le désir d’unité, de dynamique de celles et ceux qui veulent en finir avec la fausse gauche et la vraie droite. La candidature Mélenchon peut elle aider ? Il faudrait que ne soient pas balayés d’un revers de main celles et ceux qui posent des questions qui dérangent. On ne peut laisser au Front National la question par exemple de la protection de nos industries. Si je prends l’exemple de Fralib, dont la production doit être délocalisée en Pologne, pays membre de l’UE, même la nationalisation ne pourrait suffire. Se pose alors la question des barrières douanières sous peine d’encourir la concurrence sauvage chère aux partisans du traité de Lisbonne. (http://www.rougemidi.org/spip.php?article6202 )

     

    Un petit mot d'encouragement pour les camarades Landais du Front de Gauche.
    Nous finirons bien par nous rassembler, la période actuelle de rassemblement dans les manifs et de division dans les urnes (y compris d’ailleurs à l’intérieur du FDG si j’en juge par nombre d’écrits qui circulent) n’est pas promise à l’éternité. Ce sont les luttes qui feront la différence. Là encore si on regarde la Tunisie, le changement n’est pas venu des élections. Agissons dès aujourd’hui contre le retour des guerres coloniales, pour la solidarité au peuple grec, et en France contre le retour de cet oxymore qu’est la TVA sociale (http://www.rougemidi.org/spip.php?article2258 ) pour l’emploi et dans l’immédiat pour la défense des chômeurs en manifestant à leurs côtés le 3 décembre à Paris.


     

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    Propos recueillis par la sardine rouge