• Arrêtons l'enfumage autour de nos salaires !

     

     

     

    Aujourd’hui, le SMIC est à 1365 € brut mensuel, soit 1070 € net mensuel pour un travail à temps plein (35 heures). Il sera revalorisé à 1398,37 € au 1 janvier 2012.

    La proposition du Front de Gauche est de le passer à 1700 € brut mensuel en 2012 soit une augmentation de 300 € brut (ou 21,57%). L’intérêt de cette augmentation repose sur le fait que le salaire minimum doit pouvoir assurer une vie décente (se loger, se chauffer, se déplacer, se soigner, s’instruire et se nourrir correctement) ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

    Au 1er janvier 2008, 3 370 000 salariés sont au SMIC en France. Un smicard sur trois (33,5%) est à temps partiel .

    Impossible n’est pas français ! Le SMIC doit permettre un niveau de vie décent

    L’un des arguments de la droite (UMP, FN), du centre-droit (MoDem) ou des sociaux-libéraux (PS) est d’annoncer qu’une hausse de 21,57% du SMIC est impossible dans le contexte actuel.
    Cet argument n’est pas nouveau pour la droite et le centre, plus récent pour les partis «dits» de gauche comme le PS. En effet, il a été avancé lors de la mise en place des congés payés en 1936, puis lors du passage à 3 semaines en 1956, puis à 4 semaines en 1968 et enfin à 5 semaines en 1982. Cet argument était aussi au rendez-vous lors de l’élargissement de la sécurité sociale à tous les travailleurs en 1945 ou lors de la réduction du temps de travail en 1919 (loi sur la journée de 8 heures) puis en 1936 (loi sur les 40 heures hebdomadaires).
    L’augmentation du SMIC proposée par le Front de Gauche est moins importante que celle qu’ont obtenue les syndicats en mai 1968 et à l’époque comme aujourd’hui, les entreprises ont su y faire face... A chaque fois qu’une avancée sociale est proposée, les conservateurs de droite et du centre sont au rendez-vous pour affirmer que cette proposition est utopiste ou impossible.

    La vraie question que pose le Front de Gauche est la suivante : Est-ce possible, en 2011, de vivre décemment avec un SMIC à 1070 € net mensuel ?

     

    L’augmentation du SMIC ne favorise pas les délocalisations
    Un autre argument est que la hausse du SMIC favorise la délocalisation des emplois.
    Cela ne tient pas car seul 5% des emplois au SMIC sont délocalisables. En effet, les SMICards sont dans des secteurs non-délocalisables comme l’hôtellerie-restauration (41%), les services aux particuliers (30,5%) et le commerce de détail (25%).


    L’inflation est un faux prétexte
    Le retour de l’inflation est un autre argument pour discréditer l’augmentation du SMIC. Il est généralement émis du côté des conservateurs et des libéraux où l’accumulation de richesse est sacrée. Actuellement, La Banque Centrale Européenne (BCE) a comme objectif le soutien de l’activité économique à condition de ne pas porter préjudice à la stabilité des prix.
    Or, ces deux objectifs s’opposent car une forte activité économique génère de l’inflation alors qu’un ralentissement freine la croissance et donc les prix.
    La BCE a donc comme mandat principal la stabilité des prix et c’est pourquoi un objectif maximal de 2% d’inflation dans la zone euro est défini dans ses prérogatives. Olivier Blanchard (économiste en chef au FMI) indique qu’un objectif de 4% d’inflation serait plus favorable pour l’activité économique.
    Historiquement, les salariés sont plutôt les gagnants des périodes d’inflation. Les prix augmentent mais les salaires suivent cette augmentation, il n’y a donc pas de perte de pouvoir d’achat en période d’inflation pour eux. En revanche, l’épargne s’érode et c’est pour cette raison que les rentiers ne souhaitent surtout pas un retour de l’inflation.


    L’augmentation du SMIC sur les entreprises peut être absorbée
    Il ne faut pas le cacher, l’impact de cette hausse ne sera pas nulle sur les entreprises. En effet, cette hausse peut facilement être absorbée par des géants de la restauration comme Mc Donalds, de l’hôtellerie comme le groupe Accor ou du commerce comme Carrefour. D’une part, les grandes entreprises seront touchées par le revenu maximum fixé à 20 fois le revenu médian (soit aujourd’hui 360 000 euros par an) ce qui aura un impact positif sur les bas salaires de l’entreprise, d’autre part elles dégagent suffisamment de marges pour augmenter les bas salaires.

    En revanche, sur les plus petites structures (surtout celles en difficulté), cette hausse peut aboutir à des suppressions d’emplois car le coût du travail serait trop important pour l’entrepreneur qui n’arrive pas à dégager suffisamment de marges.
    C’est pourquoi le Front de Gauche couple cette mesure avec d’autres.
    Le protectionnisme social et écologique permet de favoriser l’entreprise locale plutôt que l’entreprise lointaine afin de favoriser les circuits courts entre le producteur et le consommateur.
    Les produits étrangers seraient donc plus chers et l’entreprise française qui répercuterait la hausse du SMIC dans ses prix de vente serait donc encore concurrentielle. Ceci est valable pour les SMICards travaillant dans le commerce de détail et plus marginalement dans le secteur de l’industrie. L’augmentation du SMIC permettrait aussi aux classes populaires d’accéder à ces produits locaux plutôt que d’être obligé d’acheter des produits étrangers.
    Un autre coût des PME est l’accès au crédit. Jusque dans les années 80, ces entreprises avaient un accès au crédit à un taux proche de zéro. Depuis, l’accès au crédit est bien plus complexe et bien plus coûteux (taux de 6% en moyenne). Le Front de Gauche, à l’aide de son pôle public bancaire offrira un accès quasi-gratuit au crédit aux TPE/PME ce qui compensera en partie l’augmentation du SMIC.

    Enfin, la hausse du SMIC aurait cependant comme conséquence une hausse de la consommation des ménages les plus pauvres ce qui se traduira par une hausse de l’activité économique.


    La baisse des prélèvements obligatoires n’est pas une solution
    La droite (conservateurs, libéraux) met souvent en avant qu’une baisse des cotisations sociales permettrait une augmentation du salaire net. Techniquement, ils ont raison.
    Cependant, ils oublient de préciser qu’une baisse de ces cotisations aurait pour conséquence une baisse des prestations sociales tel que les indemnités chômages, les remboursements de santé ou les pensions de retraites. En effet, le salaire net alimente la consommation et le salaire brut alimente les caisses de protection sociale (assurance chômage, retraite, assurance maladie etc).

    Que se passe-t-il lorsque l’on baisse les prestations sociales ? Des organismes privés se mettent en place (ou étendent leurs offres) pour pallier cette baisse. Pour la santé, c’est les organismes de mutuelles privés. Pour la retraite, c’est les complémentaires privés.
    Sachant qu’en 2011, 29% des français renoncent à se soigner faute de moyen, quel sera la proportion de français qui ne compensera pas avec son salaire net cette baisse de prestation ?


    En résumé, la baisse des prélèvements obligatoires n’a qu’un but : transférer l’assurance maladie publique vers les mutuelles privées, l’assurance chômage vers des assurances privées, le système de retraite public vers un système privé et donc en exclure les classes les plus pauvres.
    Dans un premier temps, le salarié devra faire un choix entre s’assurer ou augmenter son pouvoir d’achat.
    Dans un second temps, si le chômage de masse persiste – ce qui est défavorable au salarié lors de la négociation du salaire à l’embauche – il n’aura même plus ce choix et aura tout simplement perdu ses systèmes de protection sociale.


    Une solution intégrée à un programme global
    L’erreur qui est souvent faîte est de simuler cette mesure dans le cadre actuel.
    L’augmentation du SMIC n’est pas une solution isolée. Cette mesure n’est pas unitaire et pour qu’elle soit réalisable elle doit se marier avec les autres mesures économiques telles que le salaire maximum, la relocalisation de la production, le protectionnisme social et écologique, la mise en place d’un pôle financier public etc.
    Il est donc fallacieux d’avancer l’argument du manque de compétitivité de nos entreprises si l’on se place dans le cadre actuel alors que nous ne seront progressivement plus dans ce contexte.


    La position des autres partis politiques
    Lors des primaires du PS, François Hollande annonçait vouloir revoir le mode du calcul du salaire minimum pour l’indexer sur les prix et la moitié de la croissance du pays .
    Quant au MoDem, il ne proposait aucune augmentation du SMIC dans le programme présidentiel de 2007
    L’UMP peut être jugé sur son bilan : en cinq ans, aucun coup de pouce n’a été accordé par le président Nicolas Sarkozy aux SMICards alors que le pouvoir d’achat était l’une de ses principales mesures lors de l’élection présidentielle de 2007.
    Enfin, Marine Le Pen était interrogée sur la hausse du SMIC sur France 2 et a annoncé que cela n’était pas prévue dans son programme car « un programme présidentiel n’est pas un catalogue de mesurettes ». Les SMICards apprécieront que la question des salaires ne soit que secondaire pour le FN.


    Le SMIC à 1700€ ? Une revendication des syndicats !
    Pourquoi un SMIC à 1700 € (et pas à 2000 € par exemple) ? Car le Front de Gauche écoute les syndicats des travailleurs. En effet, depuis 2008, la Confédération Général du Travail (CGT) et Force ouvrière (FO) revendiquent un SMIC à 1600 €. Cette revendication est toujours d’actualité mais a été révisée à 1700 €.
    Cette hausse a été calculée en prenant en compte les dépenses dites « contraintes », « pré-engagées » ou « incompressibles » tel que le loyer, l’énergie (électricité, gaz), les frais de transport, l’eau, les frais d’assurances etc.
    Ces postes de dépenses ont augmenté plus vite que les salaires et les ménages modestes sont les premiers touchés. En 2006, ces dépenses représentent 75% du revenu des 20% des ménages les plus pauvres (ceux qui sont les plus concernés par le SMIC) contre 50% en 2001.

     

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